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1) Il y a une grande force tellurique, une sorte de force tranquille dans ton travail pictural et sonore. Tu as l'air d'être très lié à la terre, à la nature et à ton lieu de naissance. Peux-tu expliquer ce rapport?
Peut-être que j'ai juste de la chance d'être né et d'avoir grandi dans un endroit que j'adorais et qui était très beau, et où il y avait un élément authentique de danger. J'ai appris à agir en accord avec la nature et à avoir un respect constant de la beauté naturelle. Chaque jour apportait de nouvelles particularités à des vues que je connaissais bien, et je n'étais jamais lassé de voir des endroits familiers dans des lumières différentes et changeantes. Je vivais dans une région isolée et éloignée, où il y avait très peu de distractions; et marcher et méditer étaient les principales occupations. C'était impossible d'ignorer les alentours, puisqu'ils façonnaient votre vie. La nuit, il n'y avait pas de pollution lumineuse donc les étoiles étaient claires, et faciles à voir. Je ne pense pas que beaucoup de gens ont la chance de regarder un ciel étoilé et de voir l'immensité de l'univers que nous habitons. Je pense que cela affecte la manière dont nous nous percevons et la manière dont nous menons nos vies. Dans une ville, vous ne pouvez pas voir l'horizon et vous ne pouvez pas voir les étoiles la nuit, donc elles n'ont aucune importance. Dans une ville, les gens ont tendance à penser qu'ils sont importants.
L'endroit où nous naissons a une grande incidence sur notre vie. Si vous êtes nés dans une ville et avez grandi dans un ghetto, vous acquérez une "intelligence de la rue", et vous apprenez à en lire les signes. C'est instinctif. C'est quelque part une question de survie. Il n'y a pas de différences si vous êtes nés à la campagne. Vous apprenez à lire les signes du lieu que vous habitez. Pour savoir quand il va pleuvoir, quand il fera chaud, comment reconnaître les sables mouvants et les mouvements de la marée. Je suis retourné récemment dans l'estuaire du Solway, et j'ai marché dans les marais, et j'ai respiré l'air propre et salé. J'étais surpris de constater combien d'informations sensorielles étaient recueillies instinctivement. J'avais été absent depuis tellement de temps que c'était presque un retour des sensations. Il y avait une familiarité spéciale dans les senteurs et les sons qui m'entouraient. J'ai fermé les yeux et inspiré profondément la merveilleuse sensualité de l'endroit. Je ne ressens pas la même chose dans une ville. Je ne suis pas une personne de la ville. J'attends de retourner chez moi. C'est à cet endroit-là que j'appartiens. A ce lieu particulier sur la Terre. Je pense que tout le monde peut avoir cette connexion, mais elle ne se réalise pas toujours. Je pense que l'importance du respect de la nature et de notre environnement a été un facteur constant de la condition humaine. Cela existe dans beaucoup de cultures et joue un rôle significatif dans leur développement et leur spiritualité.
Je veux juste rapidement ajouter que je ne suis pas du tout en faveur de la tendance New Age qui tend à voler des petits bouts d'autres cultures pour en faire un résultat amalgamé qui se résout à un monde imaginaire, utopique et idéalisé. Les croyances et traditions du peuple Aborigène, par exemple, sont seulement à lui, et même si nous pouvons mieux comprendre la condition humaine grâce à elles, nous ne devons pas les essayer et les adopter. Elles existent par des circonstances particulières, et par des gens en particulier. La diversité des croyances humaines devrait être célébrée et pas assimilée.
2) Est-ce qu'une discipline particulière te semble plus vitale qu'une autre dans ton existence. peut-on placer tes morceaux, tes vidéos, tes peintures (…) sur un même pied d'égalité, en les considérant toutes comme partant de la même "nécessité intérieure". Les appréhendes-tu d'une façon similaire?
3) Comment vis tu au jour le jour la démarche solitaire dans laquelle tu t'inscris?
Quand j'étais jeune, je ne pouvais pas imaginer un jour passer sans que je ne fasse un travail artistique de quelque sorte qu'il soit. C'était principalement de la peinture que je faisais alors. Il y a quelque chose de très sensuel et de très gratifiant dans le fait d'appliquer de la peinture. L'acte physique est presque aussi important que le fait que l'image soit produite. Plus tard dans la vie, cela était aussi vrai pour le fait de prendre des photos, un médium que j'ai appris à aimer et apprécier. Ces jours-ci, ça concerne plutôt la création de musique ou de sons (activité qui occupe la majorité de mon temps). Je suis également très occupé par la création d'images, de manière différente cette fois, en utilisant des ordinateurs; mais le côté physique de la peinture ou de la photo me manque.
Quand arrive le moment concret de produire un nouveau morceau de musique ou quoi que ce soit d'autre, je travaille sur les idées comme elles me viennent et je suis constamment en train de perfectionner des projets qui sont prêts à être rendus. Je travaille tous les jours. J'ai souvent au moins une demi-douzaine de projets lancés en même temps et je travaille sur celui qui doit être achevé au plus vite, ou sur ce que je sens que je peux approcher avec de nouvelles idées. Certains projets restent en suspens pendant un an ou plus jusqu'à ce que je sente que je vais les envisager de la bonne manière. Heureusement, certaines personnes sont patientes assez pour attendre. Parfois je sens que je ne peux pas revenir en arrière sur une idée, parce que je suis parti trop loin de l'intérêt initial qu'elle représentait, et que je suis occupé à présent avec un assortiment différent de sons et différentes manières de les produire. En tant qu'artiste
"praticien", il est important pour moi de conserver un intérêt pour la manière dont je produis mon travail. Parfois, cependant, ceci peut être une épée à double tranchant en ce qui concerne les critiques et les fans. Il y a ceux qui veulent que vous continuiez à produire des morceaux qui sonnent de la même manière que ce que vous avez déjà produit avant, et ceux qui vous accusent de faire tout le temps le même genre de sons. Il n'y a pas d'apport positif avec les critiques, donc je les ignore la plupart du temps et fais ce en quoi je crois au moment où je le fais. Quand je suis bloqué sur une idée, ou bien que je me sens pas inspiré ou déprimé, je fais des boucles de sons. Je les crée à partir de scratch et je joue juste avec elles. Je ne les fais pas pour un projet particulier ou avec des intentions particulières en tête, je me laisse la liberté de faire des sons qui expriment des émotions, qui évoquent des images de lieux, d'états d'esprit, etc.
Je crée des dizaines de boucles en une session, et j'y reviens plus tard, afin de voir si l'une d'entre elles m'inspire pour l'utiliser comme base pour créer un morceau. Je n'utilise cependant pas seulement des boucles. Je prends souvent un ensemble d'instruments, un micro ou deux et j'enregistre simplement des longues sessions de musique jouée en live. Celles-ci sont celles qui apportent le plus, parce qu'il y a un développement organique des sons, et les structures de composition sont naturelles puisqu'elles doivent être jouées. J'aime les deux aspects : le développement naturel des sons et des structures et l'artificialité délibérée d'une structure en forme de séquence. J'aime montrer la méthode de travail, et j'utilise souvent des boucles en accentuant leur aspect de boucle. Je veux dire que j'utilise des boucles qui tournent délibérément court ou qui se répètent à des moments qui ne sont pas les moments naturels de la boucle. Cela a pour effet de produire un sentiment léger de désorientation et de dislocation des autres sons du morceau. Avec les modèles répétitifs, l'oreille n'est jamais autorisée à se reposer confortablement. Il y a un sentiment d'inquiétude. Je vois cette exposition de la méthode de travail comme ayant une comparaison directe avec le travail visuel, où les coups de pinceaux, les modèles en reliefs et les autres moyens de construction sont une part essentielle de l'expérimentation et de la compréhension du travail.
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4) Pourrais tu approfondir et expliquer le concept du travail vidéo que tu réalises. Tes peintures sont filmées et liées avec ta musique? Peux-tu me citer tes principaux collaborateurs?
Les films que je fais sont une extension directe des procédés pour faire de l'art et de la musique. De la même manière que les ordinateurs ont mis à la portée de tous la possibilité de réaliser des projets sonores qui auraient, dix ans auparavant, seulement été réalisables en studio, il est maintenant possible de créer des films et de faire de l'art de manière totalement différente, et d'obtenir des résultats qui pourraient seulement avoir été obtenus à la télévision commerciale ou dans des studios audio-visuels. L'idée de travailler avec des images mouvantes m'est venue il y a bien longtemps déjà, pendant mes années de formation artistique. Les moyens de faire cela n'ont été, cependant, disponibles que bien des années plus tard, et même à ce moment, avec quelques difficultés. Il devint vraiment possible de travailler avec des films et des productions audio-visuelles en 1982, quand je travaillais pour une compagnie audio-visuelle à Newcastle.
Mes premiers efforts étaient centrés sur de l'animation de diapositives, et prirent un temps incroyablement long pour arriver à des résultats. Cela était dû en partie au fait que le travail était réalisé en dehors des heures de travail. La nature de mon contrat faisait qu'il y avait peu de temps en dehors de ces heures. J'ai cependant appris, en faisant cela, beaucoup de choses pratiques et utiles et il m'a été possible depuis lors de les intégrer dans mon travail. Le résultat final de cette époque était un morceau audiovisuel assemblé en musique (la partie sonore devint plus tard un morceau de Shadow Thief of the Sun, de :Zoviet*France:). Ce court morceau ( 6 minutes) était assez abstrait et était fait d'une centaine de dias peintes à la main et de transparences "altérées". Le travail était fait sur des rangées de projecteurs dias qui étaient contrôlés par un ordinateur, de sorte que toutes les transitions et positions des dias pouvaient être programmées. La programmation est un travail de spécialiste, et la personne qui s'en est occupée était aussi un collègue et ami, son nom est Nick Ketteringham. Nick a gagné beaucoup de récompenses internationales pour sa programmation, et donc j'avais vraiment beaucoup de chance d'avoir quelqu'un d'aussi talentueux avec qui travailler et apprendre. Le travail fut envoyé à un studio commercial et fut transformé en émission. La vidéo de cette émission fut montrée sur le MTV canadien, où il gagna la récompense d'un jury, en tant que vidéo du top ten de cette année-là, qui était l'année 1991 ou 1992. Pendant cette période, j'ai également assemblé un travail vidéo pour le
":Zoviet*France: US and Canadian Tour" de 1991, en utilisant un ensemble de vidéo-mixes qui consistait en plusieurs grandes valises qui ont envahi mon appartement. Ces films consistaient principalement en des enregistrements qui venaient pour la plupart de sources télévisées. Mais une bonne partie venait également de retours vidéos qui étaient également reproduits et re-mixés. Le vidéo FX et les procédés disponibles à l'époque apparaissent assez grossiers comparés aux normes actuelles, mais il y avait quelques images intéressantes dans le travail, et il s'agissait d'un processus d'apprentissage utile. Le processus d'apprentissage ne se termine jamais, vu que la matière que je produis maintenant est de nature très expérimentale, et vu que je découvre sans cesse comment faire de nouvelles choses et comment aboutir à des résultats plus élaborés.
Comme je l'ai déjà dit, le coût et la disponibilité du
hardware et du software pour faire du travail vidéo ont été un facteur déterminant dans l'accroissement de mon intérêt et de ma production dans le travail vidéo. Je n'ai actuellement pas de graveur DVD, mais j'espère en acquérir un bientôt, afin de rendre tout le travail vidéo que j'ai fait disponible commercialement. J'ai acquis une vidéo USB interface, donc j'ai pu enregistrer des essais préalables de cassettes vidéos, afin de les retravailler. J'ai également acheté une caméra digitale bon marché que j'utilise pour photographier ou filmer mes peintures et mon travail graphique, et que j'utilise également pour filmer des séquences live que je joins à mes pièces vidéos.
Je vois le travail vidéo comme des peintures mouvantes faites de lumières.
5) Tu as quitté le collectif :zoviet*france: (dont tu étais le membre fondateur) parce que tu considérais que ce groupe était tombé dans le piège de l 'ego. Le fait d'être humble te paraît primordial dans la démarche de création?
Je ne pense pas que l'humilité soit essentielle dans l'acte de création. J'admire Andy Warhol pour son attitude envers l'art. Il a sans honte, et avec une certaine ironie pince-sans-rire, parlé de son art comme un " business art ", et dit que c'était le seul type d'art avec une quelconque valeur (de nouveau, cette manière de parler est délibérée de sa part). La différence est que :Zoviet*France: a commencé avec certaines attitudes, certains objectifs, et avec des lettres de créances, et quelque part le long du chemin, les gens impliqués ont développé leurs propres objectifs et critères de ce qui était et n'était pas ZF. Je suis parti parce que le projet n'était plus du tout celui qui m'avait intéressé au départ.
6) Est-ce que les anciens membres de :Zoviet*France: sont toujours actifs? Gardes-tu des contacts avec eux?
Je suis encore en contact avec d'anciens membres de Z*F… Je ne garde aucun contact avec les membres actuels.
7) Ta musique est liée à la scène underground. La conçois-tu comme l'antinomie de la musique commerciale?
La question a un rapport avec la précédente et avec mes propres raisons de commencer à travailler avec le médium du son. Je voyais le son comme un espace légitime d'exploration même si je n'avais pas les traditionnelles capacités d'un musicien ou compositeur. C'est il y a à peu près trente ans que j'ai commencé à travailler sérieusement avec les sons, et à cette époque, les secteurs de multi-média et de travail interdisciplinaire n'existaient pas comme aujourd'hui. Cela était dû d'une part au fait que la technologie n'existait pas non plus, ou n'était pas disponible, et d'autre part au fait que les arts étaient définis et séparés de manière bien plus rigides. L'idée de faire de la musique et de la distribuer en tant que produit commercial disponible n'a été possible que par le relâchement de la main- mise des grosses maisons de disque sur l'industrie. La cause de ce relâchement a été l'arrivée du Punk-rock et de la prolifération soudaine de petits labels indépendants, et de petites compagnies de distribution. Il devint soudain possible de faire des disques et de les distribuer soi-même, en contournant ainsi les critères commerciaux traditionnels d'un objet vendable. La disponibilité de la musique à travers un réseau principalement constitué de bouche à oreille était le lien principal avec les scènes underground et leur évolution continue. A l'époque, il semblait que nous sortions juste nos œuvres d'art et nos musiques, et qu'elles disparaissaient dans le vide. A l'époque, nous n'avions pratiquement pas de retours et étions résolument détaché de quelque "scène" que ce soit. Le fait de vivre dans le lointain nord de l'Angleterre nous a également aidé à garder l'anonymat et un profil bas. Il y a un certain cachet à gagner dans le fait d'être caché : cela donne la possibilité d'obtenir un statut de culte à travers le fait même de l'obscurité. Ceci ne veut pas dire que c'était entièrement intentionnel, mais il y avait certainement un élément anti - commercial inhérent à la philosophie du groupe. C'était vu comme un antidote à cette conformité envahissante qui se répand dans la musique commerciale. C'est d'ailleurs encore plus vrai aujourd'hui qu'il y a trente ans, et le manque de révolte des plus jeunes d'aujourd'hui continue à me surprendre.
8) Fais tu des parallèles entre les procédés musicaux et picturaux, par exemple le fait que tu utilises la répétition de motifs a déjà été souligné. Y a-t-il d'autres analogies aussi claires?
Est-ce pour toi important de rechercher la cohérence entre les différentes disciplines que tu pratiques?
Il y a quelque chose qui m'a intrigué pendant longtemps. Quand je peins, je dois avoir un état d'esprit différent que quand je compose de la musique. Je dirais que les principes impliqués dans les deux disciplines sont très similaires, et que même certaines des approches pratiques peuvent être considérées comme parallèles, mais il y a une différence fondamentale dans la façon dont mon cerveau a besoin de fonctionner qui rend juste impossible de passer immédiatement de l'un à l'autre. J'aurais pensé que les deux secteurs de création étaient réalisés de manière tellement similaires qu'il n'y aurait pas de différence appréciable dans la manière d'y penser ou de les exécuter. Et pourtant, si je veux créer une série de nouvelles peintures, je dois arrêter de travailler sur de la musique pendant un moment. Je n'écoute même pas de la musique parce que je trouve que ça me distrait de ce que je fais.
Il y a cependant beaucoup d'autres similarités dans le processus créatif, et je n'ai aucun problème à travailler sur des films ou à manipuler digitalement des images pendant que je travaille sur de la musique en même temps. C'est juste l'acte physique de poser de la peinture sur du papier qui doit, selon moi, être fait avec une préparation mentale qui empêche toute sorte d'autre activité.
En ce qui concerne le travail en lui-même, je dirais que les parallèles les plus forts se trouvent entre l'acte de peindre et l'acte d'improviser de la musique. Les deux puisent dans un flot de pensées créatives qui frappent à l'intérieur du subconscient et suspend le processus de critique normal. Les symboles et motifs qui émergent durant ces périodes de peinture ont souvent des équivalents primitifs et culturels dans beaucoup de sociétés ethniques qui semblent tendre à l'universalité du subconscient. De manière similaire, la musique, qui est souvent réalisée dans la même transe, comme un état suspendu de la conscience, semble transcender les frontières culturelles dont elle jaillit. Ce genre de musique, fluide et libre, associative, est celle qui en vaut le plus la peine pour moi, et les peintures qui émergent de sessions d'improvisations sont illuminantes de la même manière. C'est cependant un travail épuisant et vidant, que ce soit physiquement ou du point de vue émotionnel. C'est d'ailleurs une autre des raisons pour laquelle j'ai tendance à travailler dans des accès intenses sur de nouvelles peintures pour ensuite travailler sur des choses moins exigeantes entre les deux.
Il est important qu'il y ait une cohérence totale entre les différents aspects de mon travail, mais j'essaye de ne pas forcer cette cohérence, de ne pas la rendre artificielle. J'espère qu'à travers mon travail je découvrirai de nouvelles manières de regarder les mêmes choses. C'est la raison pour laquelle la répétition est si importante dans mon travail. Il n'y a pas une seule manière d'utiliser une boucle ou d'incorporer un symbole peint dans une œuvre. Il y a d'innombrables possibilités de juxtaposition inhérentes à chaque constituant d'une œuvre, et c'est seulement par l'expérimentation que de surprenantes juxtapositions peuvent être découvertes. L'aspect le plus important de mon travail en tant que "praticien", est que je suis toujours intéressé par des découvertes et des re-découvertes.
9) Le contenu d'un disque et sa présentation (que tu réalises de façon générale toi même) semblent très importants. Est-ce pour toi une façon de faire interagir les disciplines?
L'art graphique qui accompagne ma musique est important puisqu'il contient des indices et des chiffres qui renvoient à la signification de mon travail tout entier. Dans le passé j'ai été accusé d'être trop obscur et ésotérique, mais franchement je n'accorde aucune importance aux critiques qui émettent ces jugements banals sur moi ou sur n'importe qui d'autre. Le travail n'est pas un compte-rendu bien défini, parce que je ne pense pas qu'il soit possible d'affirmer quoi que ce soit de bien défini sur la condition humaine. La meilleure chose que nous pouvons espérer voir arriver est une compréhension modérée des mécanismes et une vue éclairée de la métaphysique de l'être humain.
Le cover art offre un aperçu de la nature de l'ensemble que forme mon travail. Et pour ce qu'est la nature de cet ensemble, je n'ai pas de réponse, juste plus de questions et plus de manière de regarder les mêmes problèmes et de les interpréter à travers les sons et l'art.
10) Les samples que tu utilises dans ta musique sont en partie réalisés à l'aide d'instruments ethniques que tu joues toi-même.
Te sens-tu concerné par l'utilisation traditionnelle de ces instruments?
On sent à la fois dans tes paysages sonores (soundscapes) la présence de paysages clairs et naturels et de paysages industriels. Est-ce pour toi une façon d'allier les contraires, de dire l'évolution du monde? Quel sentiment as-tu vis-à-vis de l'évolution de la planète?
Les sons que je finis par faire et utiliser sont un résultat direct de ce qui arrive autour de moi. Je vis dans une ville, mais l'endroit où je préférerais vivre serait la campagne. Je crois que l'environnement dans lequel nous nous retrouvons a un grand impact sur notre psyché, et l'industrialisation du monde aux dépens de la nature est un problème qui influence mon travail et affecte ma perspective comme le futur de cette planète. Je ne veux pas faire croire que ceci est le problème moteur de mon travail, mais il a un impact sur lui et comme tu le soupçonnes très justement, c'est un indicateur de notre époque (Koyaanisqatsi est un des mes films préférés).
Je tends aussi à utiliser tout ce que j'entends autour de moi. Dans le passé j'ai vécu dans des endroits avec une haute concentration de groupes de cultures indienne ou asiatique et les sons de ces groupes ethniques transparaissent peut-être dans mon travail.
Dans un projet actuel, j'utilise plus de rythmes occidentaux contemporains comme éléments de mes compositions.
Je trouve étrange que les gens soient si étroits d'esprit à propos des différents types de musique. Ils tendent à se tenir à un ou deux genres et vont rarement voir en dehors de leurs champs préférés ou de ce qui les intéresse. J'aime et j'écoute de la musique d'une grande variété de sources et de genres. Si cela sonne bien et a un impact émotionnel ou intellectuel, je l'écouterai à nouveau et quelque part le long du chemin, ça réapparaîtra comme un des éléments de ma propre musique. Peut-être que ça ne sera pas dans sa forme originale, et ça sera peut-être assemblé dans un contexte différent, mais c'est justement cela que j'aime dans le fait de faire des compositions en musique et en art : je ne sais jamais comment elles se termineront et je peux apprendre de nouvelles choses en chemin.
11) Peux-tu me parler de tes projets actuels, de tes réalisations à venir?
Pour le moment j'ai différents projets en cours. J'aime travailler parfois sur un et parfois sur l'autre. Il y a des échanges qui se créent entre l'un et l'autre.
J'ai un projet particulier qui contient beaucoup de morceaux basés sur des rythmes, mais ce n'est pas entièrement un album de rythmes. (Ce sera ma participation à un grand projet nommé MA de Creative Music Technology). Un autre CD est basé sur des enregistrements qui ont été faits en 1985-86 pendant un période de troubles civils dans les plus grands villes des USA à cause des mesures gouvernementales. Un autre projet est un regard rétrospectif personnel sur les 50 dernières années et en particulier sur les souvenirs de la musique et des sons de ma petite enfance.
Propos recueillis et traduits de l'anglais en avril 2004.
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